Site de Francine Laugier

Eaux glacées



Le mouvement perpétuel : l'effet papillon qui relance à chaque fois le mouvement. Il est tôt encore, que pensent les ours blancs dans les eaux glacées du Sud ? Il doit y avoir bien du temps pour qu'ils sachent nager. Pelage lisse, blanc et bouche rouge du carnivore.

À Moscou la neige doit être grise des pas des passants, comme en cette fin d'années sortent du bois les sages, qui se réveillent à l'aube, quand les jours rallongent du saut d'une puce.



Des deux latitudes et des deux longitudes le magnétisme, comme le huit de la boussole marque l'espace dans un si petit cercle. L'ouest terre de prédilection des pandas ; si ronde la peluche des petites filles. Cartes à l'envers de navigation, pôles inversés ; le temps qui tournoie jusqu'au ciel. Constellation de la Grande Ourse, être quatre à table est facile à compter, mais pour le huit il faut les chiffres.



Il y a l'âge où l'on boit le lait de sa mère, l'âge où l'on fume. Puis vient l'âge des idées, et enfin l'âge où l'on pense à soi. Je suis passeuse de signes comme d'autres labourent de profonds sillons, sèment, récoltent les champs jaunes, rouges et verts tendres, à perte de vue. L'eau pour le maïs, la traite des vaches, les porcs aux groins roses, le vin les jours de fêtes. Le paysan qui répare son tracteur, la basse-cour et ses piaillements. Habit de travail, coton solide venue d'Amérique du Sud, fumier que l'on retourne à la fourche, le grand air de la campagne. Les abeilles butinent la lavande, pendant que les enfants jouent dans la cour.



La nuit est suspendue à mon oreille, j'écoute cette voix amie avec qui j'attends le bruit des narines du vent. Comme une porte qui s'ouvre enfin, venant de la lumière qui me blottit et me disait bonjour, pour vaquer à mes occupations avant d'aller enlever ses mots de ma bouche. Pour traverser les frontières, plus comme une enfant, mais celles qui baissent les murs qui se lamentent, et me faisaient frissonner dans mon grand lit froid. Je n'attendais plus que mon cou se casse, comme la marque de la brûlure m'habille de long, m'enlève le vertige du commencement de la fin. Je n'attends plus.



Le sommeil arrive lentement et me prend sûrement comme un délassement poli, et, socle évasif, m'entraîne dans l'image lunaire. Entrelacés pendant un moment le signe et l'image côtoient mon réel.

Dans mon fouillis je retrouve les cachets qui assouplissent le corps et l'esprit. Comment douter encore ? C'est le silence qui me guette.



La mappemonde dans ma ville, humaine et pensive je regarde se tisser les langues croisées. Comprendre quand on assume l'équilibre de la spontanéité comme on travaille un caractère. Mais casanière tu vas le long des rues sourdes et souriantes, tu as la sûreté des femmes des grandes villes. Ta marche un peu rigide qui tient à tes épaules larges fait penser que tu ne veux pas être dérangée. Ta mémoire généralise ce qui se passe sur la place publique, et ta joie devient plus généreuse encore, quand pourtant loin, tes pas ne peinent plus comme avant. Tu viens enfin d'apercevoir la frange qui marque villes et campagnes.



Comme une somnambule je traîne autour de l'église, la démarche peu assurée, mais le cœur tranquille. Dieu, les Dieux m'accompagnent comme si de rien n'était, je n'ai pas froid. Mon espace s'est rempli, les livres n'attendent qu'à être lus. Ceux que j'écris sèment des cailloux sur le chemin. Hasard, mais qu'elle peine te presse ainsi ? Présence, et pourtant confiante si la lune ne t'éclaire plus, ta lampe fait des sillons sur le verre. Tu aurais aimé quelque chose de plus familier à donner à la beauté, mais les dynasties sont une énigme des temps passés. Comme une main que l'on force, j'écris. J'éclairerai de façon à ce que paraisse ma vie d'ample douceur d'homme.



Comme la tradition le veut, le blé de Noël dans son assiette, à poussé dru. À Marseille, les santons aussi font partie de la fête : les trois rois et leurs cadeaux représentent l'Orient, l'Afrique et l'Europe du Nord. Moi, agnostique, j'ai décoré d'un sapin de Noël en plastique avec une guirlande de boules rouges et son nœud, à la cime, de même couleur. Pour cette fête religieuse on offre des cadeaux aux enfants. Des hommes déguisés, en longues robes rouges avec capuche, leur apportent les cadeaux dans leurs souliers mis la veille, et qu'ils découvrent au matin. C'est la principale fête avec celle de fin d'année, qui se passe une semaine après.



Entre joie et tristesse, je passe la fin d'année. Que va-t-il advenir ? Ma langue maternelle ne me le souffle pas à l'oreille. Ce n'est pas un pari que le drapeau flotte à nouveau, c'est clair avec le reflet de l'eau bleu qui rafraîchit la bouche. Le pain partagé comme communie un peuple pour le pire et le meilleur. Éclairé par le souvenir le responsable dirigera avec les mêmes couleurs linéaires. Je veux oublier le dégât de l'histoire, ne me souvenir que de la fraternité et de la liberté qui nouent le progrès parcouru. Peuple droit et fier, emblème du coq, ne me demande pas de guider tes pas trop loin de ton passé.



Peuple têtu, les minutes s'écoulent lentement comme pour faire un œuf à la coque. Mon cœur bat vite, pas pour le temps mort qui part en fumée. Le corps à ses besoins, la peine est la même. Élite guerrière comme leurs grands frères, la guerre est là déjà et les hommes au front soignent leurs blessures pendant que les infirmières pansent les plaies. Croix rouges pour les brancardiers, ne tirez pas, la souffrance est sacrée. Alors que les morts aux anges vont au ciel. Gardien, gardien garde ce que l'on t'a si longtemps caché, tu peux dormir tranquille sur tes deux bras.



Seul Dieu, les Dieux, savent ce qui se passe dans le monde. La guerre est déclarée. « Dieu joue-t-il aux dés », se demandait Einstein ? Et nous humains à quoi jouions-nous, À des paris stupides. Je veux maintenant me consacrer à l'amour et à l'écriture, et oublier ces guerres lointaines où des hommes s’entre-tuent. Je veux oublier que j'écris pour la paix. J'ai froid quand j'écris ces lignes. J'ai froid et je dis PAIX. Que faisons-nous de la terre ? De notre planète bleue. Si seulement un jour... Un jour peut-être comprendra-t-on le mystère de la vie. Et alors d'autres générations inventeront une vie nouvelle, à moins qu'il ne soit encore trop tôt. L'histoire je la veux une ligne, penchée vers le futur.



J'échange le sang bleu contre le sang rouge : mettre une distance froide et crue entre mon corps et celui de Christian ; j'étais dans la course toute une nuit voulant mon suicide. Magnifique rêve, les mystères de la nature, je ne crois pas à l'œdipe, je crois à « l'avoir à la bonne », j'attends le corps de mon amant. Shopping après shopping je trouvais la première réparation de mes quinze ans.

Par ces temps bouleversé où rien ne paraît acquis, à part la certitude de ma force, mémoire et certitude n'ont pas cours. L'incinération c'est pour les chats et les chiens, c'est dur mais dans la vie il faut choisir vite.







 

© hiver 2012, Francine Laugier
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